đšđ§ MiscellanĂ©es sur un pari risquĂ©
La ruse tactique, les tambours va-t-en-guerre de Fox, lâembarras des MAGA, lâadieu au Nobel et autres observations sur le choix historique de Trump d'attaquer l'Iran
Hi everyone, un Zeitgeist spécial ce matin.
Cinq observations Zeitgeist qui ne prĂ©tendent pas Ă lâexhaustivitĂ© mais qui pourront, je lâespĂšre, vous permettre de mieux comprendre ce qui sâest jouĂ©.
comment Trump a simulĂ© lâhĂ©sitation, menti sur le calendrier⊠et frappĂ© par surprise. Une tromperie en deux actes : diplomatique et militaire.
comment Fox News a convaincu Trump de partir en guerre.
comment le vice-prĂ©sident Vance nâĂ©chappe pas au ridicule en essayant de rassurer les MAGA isolationnistes dĂ©bordĂ©s par les faucons nĂ©o-conservateurs.
comment Trump sâest rĂ©solu Ă oublier son rĂȘve de Nobel de la Paix. Il voulait Oslo. Il aura eu Fordow.
Et si cette guerre Ă©tait surtout un levier pour consolider le pouvoir autoritaire de Trump ? Lâavertissement glaçant de Robert Kagan dans The Atlantic : âLa dĂ©mocratie amĂ©ricaine ne survivra peut-ĂȘtre pas Ă une guerre contre lâIran.â
1-La ruse avant la foudre
Ă dĂ©faut dâavoir une stratĂ©gie, Donald Trump a dĂ©montrĂ© quâil savait faire preuve de tactique.
On lâaccuse souvent dâĂȘtre inconsistant, erratique, de manquer de discipline : il faut pourtant lui reconnaĂźtre un certain sens de lâastuce.
MĂȘme sâil est encore trop tĂŽt pour conclure si cette opĂ©ration historique est un succĂšs : Trump se vante que âles principales installations dâenrichissement nuclĂ©aire de lâIran ont Ă©tĂ© complĂštement et totalement anĂ©antiesâ, mais son vice-prĂ©sident laisse entendre, ces derniĂšres heures, que lâIran contrĂŽle toujours son stock dâuranium enrichi.
Mais laissez-moi vous raconter comment Trump a piĂ©gĂ© lâIran en simulant lâhĂ©sitation.
Jeudi, Donald Trump promettait de prendre âjusquâĂ deux semainesâ pour dĂ©cider sâil frapperait lâIran. On verra dans deux semaines, rengaine habituelle de Trump quand il veut glisser de la poussiĂšre sous le tapis. Samedi, Ă 18âŻh, heure de Washington, des B-2 amĂ©ricains pĂ©nĂ©traient lâespace aĂ©rien iranien. Ce dĂ©calage nâĂ©tait pas une contradiction. CâĂ©tait une ruse.
La Maison-Blanche parle aujourdâhui de âlâune des opĂ©rations militaires les plus complexes de lâhistoireâ. Comme lâa rĂ©vĂ©lĂ© le Wall Street Journal, et cela a ensuite Ă©tĂ© confirmĂ© par le Pentagone, elle fut aussi lâune des plus théùtrales.
Une âfeinteâ titre matin Axios : un leurre diplomatique (faire croire que ce prĂ©sident rĂ©putĂ© vellĂ©itaire hĂ©sitait encore) et un leurre militaire (faire dĂ©coller des avions par lâouest, au-dessus du Pacifique, visibles sur les radars, pendant que la vĂ©ritable frappe se prĂ©parait par lâest, au-dessus de lâAtlantique).
On comprend mieux le nom de code de lâopĂ©ration : Midnight Hammer. Les Iraniens se sont pris un coup de marteau, au milieu de la nuit, par derriĂšre. Elle visait Ă annihiler les principales installations nuclĂ©aires iraniennes tout en conservant lâeffet de surprise.
Samedi matin, des bombardiers B-2 quittent leur base dans le Missouri et filent vers le Pacifique. Les observateurs civils les repĂšrent. Câest voulu. Pendant ce temps, une autre escadrille, transpondeurs Ă©teints, met cap Ă lâest. Objectif rĂ©el : frapper lâIran en fin de journĂ©e, heure de Washington.
Au passage, il faut vraiment prendre les Américains pour des cow-boys patauds pour croire que des avions furtifs, partis de Kansas City, détectés par des civils, trahiraient une attaque⊠du mauvais cÎté.
Trump donne son feu vert dĂ©finitif depuis son club du New Jersey, quelques heures seulement avant lâassaut. Il rentre Ă la Maison-Blanche alors que les avions survolent dĂ©jĂ le Golfe. Ă 19âŻhâŻ50, alors que les bombardiers ont quittĂ© lâespace aĂ©rien iranien, lâannonce est faite sur Truth Social. âSpectaculaire rĂ©ussite militaireâ, dira Trump.
Les bombes utilisĂ©es (des GBU-57, surnommĂ©es bunker busters, ou bombes anti-bunker) nâavaient jamais Ă©tĂ© employĂ©es. Quatorze dâentre elles sont larguĂ©es, dont douze sur Fordow, site enfoui sous une montagne. Plus de 30 missiles Tomahawk, tirĂ©s depuis des sous-marins amĂ©ricains, visent Natanz et Ispahan. La frappe, selon le Pentagone, nâa rencontrĂ© âaucune rĂ©sistance aĂ©rienneâ.
Mais ce qui distingue cette opĂ©ration, câest la dissimulation politique qui lâa prĂ©cĂ©dĂ©e. Officiellement, Trump voulait laisser une âchance Ă la diplomatieâ. Officieusement, tout Ă©tait prĂȘt. DĂšs le dĂ©but de la semaine, les plans dâattaque sont affinĂ©s dans un cercle restreint. MĂȘme certains membres du cabinet ne sont pas informĂ©s. Le jeudi, la porte-parole Karoline Leavitt lit un message : le prĂ©sident prendra sa dĂ©cision âdâici deux semainesâ. La dĂ©cision est dĂ©jĂ prise.
La Maison-Blanche affirmait vouloir attendre. Samedi matin, selon plusieurs sources officielles, aucun ordre nâavait encore Ă©tĂ© donnĂ© pour mobiliser les bombardiers. CâĂ©tait faux.
Ce dĂ©lai trompeur nâa pas seulement pris TĂ©hĂ©ran de court. Il a aussi peut-ĂȘtre Ă©vitĂ© que les Iraniens dĂ©placent du matĂ©riel sensible hors des installations visĂ©es, en particulier Ă Fordow, enfoui profondĂ©ment sous terre, et considĂ©rĂ© comme une cible prioritaire.
Dans le langage du Pentagone, cette stratĂ©gie de diversion est une opĂ©ration de deception. Dans la pratique, câest une guerre de la perception. Ă lâouest, on laisse une trace visible, traçable, peut-ĂȘtre mĂȘme volontairement bruyante. Ă lâest, on agit dans le silence. PrĂ©server lâeffet de surprise Ă©tait crucial.
Le jour de la frappe, Trump rĂ©unit ses proches dans la Situation Room. La photo officielle le montre, casquette rouge vissĂ©e sur la tĂȘte (ce nâest pas un hasard, message appuyĂ© pour essayer de rassurer la base MAGA), entourĂ© du vice-prĂ©sident JD Vance (sceptique sur une intervention militaire amĂ©ricaine), du secrĂ©taire dâĂtat Marco Rubio (dont le premier rĂ©flexe, le premier matin de la guerre, avait Ă©tĂ© de prendre ses distances avec lâattaque israĂ©lienne), du secrĂ©taire Ă la DĂ©fense Pete Hegseth (qui fera le spectacle Ă la tĂ©lĂ©vision dimanche matin Ă lâheure du petit dĂ©jeuner, lĂ oĂč il prĂ©sentait encore rĂ©cemment la matinale de Fox News), et de la directrice du renseignement Tulsi Gabbard (ancienne dĂ©mocrate isolationniste ralliĂ©e Ă Trump, rĂ©pĂ©tant quâil Ă©tait celui qui empĂȘcherait les Ătats-Unis de sâembarquer dans une nouvelle guerre).
Tromper lâennemi, mais aussi lâopinion. Feindre le recul pour dissimuler lâassaut. Lâillusion est un artifice.
Ne jamais lâoublier : le pouvoir trumpien est toujours un théùtre.
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